La France Agricole 27 octobre 2006
Miscanthus : un itinéraire à adapter
Les références techniques sur cette CULTURE ENERGETIQUE sont encore rares en France. Le nouveau réseau expérimental va apporter des précisions. La culture du miscanthus suscite un vif intérêt chez les agriculteurs depuis quelques mois, en raison de ses débouchés potentiels sur le marché du combustible biomasse. Des centaines d’hectares auraient déjà été contractualisés pour une implantation au printemps prochain. Pourtant, les références techniques en France sont encore très rares. L’essentiel des informations disponibles provient du Royaume-Uni et d’Allemagne où les conditions
pédoclimatiques sont différentes. Or les premières remontées du réseau expérimental Regix (*), dans lequel 31 microparcelles et l’équivalent de 14 ha de grandes parcelles de miscanthus sont étudiés aux côtés d’autres cultures énergétiques et ressources forestières, soulèvent des questions qui appellent à la prudence. Ces questions sont d’ailleurs similaires pour le panic érigé (ou switch grass), une autre plante énergétique pérenne. Elles portent sur les besoins en eau, sur le désherbage au moment de l’implantation, mais aussi sue les ravageurs ainsi que sur les conditions de récolte et de conservation et donc sur le réel potentiel de production de la culture dans les différentes régions françaises.
- Implantation OBJECTIF DE 17 000 PIEDS LEVES PAR HECTARE L’implantation des rhyzomes de miscanthus a lieu en avril-mai, à 7 cm de profondeur, sur sol parfaitement désherbé. Le labour à 20 cm de profondeur, complété par une préparation fine du sol est conseillé pour permettre un bon développement du système racinaire de réserve de la plante. Un objectif de densité de 17 000 pieds levés/ha permet d’atteindre l’optimum de production au bout de trois ans. Le coût des rhizomes s’élève alors à 2 000 €/ha. L’utilisation d’une planteuse de pommes de terre peut convenir. La société spécialisée Bical propose une prestation d’implantation avec une machine automatique (3 500 €/ha avec fourniture des rhizomes). L’apport d’eau pendant les premières semaines, soit sous forme de précipitations, soit par l’irrigation, semble être crucial pour le développement futur de la culture. Sans eau, la plante ne meurt pas mais elle est freinée et peut tarder à atteindre son plateau de production.
- Traitements SURVEILLER LES MAUVAISES HERBES ET LES RAVAGEURS La première année, entre 50% et 90% des pieds lèvent, avec un petit complément l’année suivante. Pendant de long mois, le miscanthus n’occupe pas toute la surface du sol et laisse le champ libre aux adventices. Or ces dernières doivent absolument être contrôlées pour éviter de retarder l’arrivée de la culture à son plein potentiel. Actuellement, aucun produit n’est homologué sur miscanthus. Même s’il semble possible d’appliquer avec précautions du glyphosate pendant la période de dormance du rhizome, seul le recours au désherbage mécanique est sans risque. Aucun insecte ravageur n’avait été décrit pour le miscanthus. Or des attaques de sésamie, de pyrale (et plus ponctuellement de taupins) ont été observées dans quelques microparcelles implantées cette année en France. Leur impact sur la production n’est pas encore connu, ni les traitements possibles. Par ailleurs, plusieurs parcelles ont été attaquées par des blaireaux et des lapins.
- Récolte PERIODE OPTIMALE A PRECISER L’hiver de la première année, le miscanthus est broyé sur place. La seconde année il faut attendre février pour récolter, lorsque la tige est sèche et les feuilles tombées (ce tapis de feuilles limiterait le salissement ultérieur). Cela pour permettre la migration des réserves dans le rhizome. Par ailleurs, pour éviter d’endommager les rhizomes avec les roues des engins, il est conseillé de récolter lorsque le sol est gelé. Ces contraintes posent des questions sur les dates de récolte ; notamment dans les zones où le sol ne gèle pas et où une récolte de fin d’hiver risquerait de détruire les nouvelles pousses. Des incertitudes demeurent aussi sur la nécessité ou non de fertiliser. A priori, l’ensemble des nutriments retourne chaque année au rhizome, soit directement, soit par le biais des feuilles tombées au sol. Mais qu’en est-il si l’agriculteur est contraint de récolter une culture encore humide ? Par ailleurs quelles seront la qualité énergétique et la capacité de conservation d’un tel produit ?
- Matériel DEUX SYSTEMES DE RECOLTE La technique la plus simple et la moins chère pour récolter le miscanthus est d’utiliser une ensileuse. Toutefois, la tige a une densité très faible de 130 KG/m3, une fois ensilée. Cette technique doit donc être réservée aux parcelles situées à proximité du client utilisateur, c’est-à-dire à une cinquantaine de kilomètres maximum. Au-delà, la fauchage-bottelage est économiquement plus intéressant, mais cette technique nécessiterait la mise en place d’un kit d’adaptation sur l’ensileuse, qui est alors utilisée en sous régime. La densité des ballots est comparable à celle de la paille. Le coût de récolte avec ensileuse serait de 280 €/ha en Bretagne, le double avec le système de fauchage-bottelage. La marge nette incluant la prestation d’implantation répartie sur quinze ans et le coût de récolte oscillerait entre 800 et 1 500 € /ha selon les situations.
JULIETTE TALPIN.
(*) Le réseau associe le GIE Arvalis/Onidol, l’Inra, la chambre d’agriculture du Centre, la Fédération des coopératives de Picardie, EDF, trois organisations du domaine forestier et l’Association pour l’environnement et la sécurité en Aquitaine.
Plus d'info ...
- L’IMPLANTATION Les rhyzomes sont plantés en avril-mai.
- LEVEE La première année, entre 50% et 90% des pieds lèvent.
- RAVAGEURS Des attaques de sésamie et de pyrale ont été observées dans des microparcelles.
- COUVERTURE Le tapis de feuilles limite le salissement.
- ENSILEUSE Plus simple et moins chère, cette technique coûterait 280 €/ha.
- FAUCHAGE-BOTTELAGE Le coût de récolte est de 560 €/ha.
DEFINITION Le miscanthus sinensis est une graminée originaire des steppes d’Asie centrale. Il s’agit de l’espèce Miscanthus sinensis. Un kilo de matière sèche possède un pouvoir calorifique équivalent à un demi-litre de fioul (5 kWh). |